Valoriser et gérer des collections spéciales en bibliothèque publique : comment identifier, créer des solutions et répondre aux nouveaux usages en Belgique, aux Pays-Bas et ailleurs ?

Aujourd’hui plus que jamais, les bibliothèques font face à une ère de changement, une vague d’adaptation devant les nouvelles demandes du public d’une part, et devant l’apparition de nouvelles technologies d’autre part. Dans ce contexte, nous nous intéressons à la question des collections au sein des bibliothèques publiques. En effet, les collections sont également tributaires de ces nouveaux usages, et les bibliothèques doivent donc trouver des solutions dans le but de s’adapter aux publics, et de continuer leur mission de valorisation de ces collections. Afin de tenter de répondre à cette problématique, notre article se présente de la manière suivante: définition de ce qu’est une collection en bibliothèque, comment établir et gérer une collection, définition des nouveaux usages des collections par les publics, comment les bibliothèques s’y adaptent et enfin, le développement de ces solutions au travers d’exemples en Belgique, aux Pays-Bas et ailleurs.

Qu’est-ce qu’une collection et comment la gérer?

Avant de nous focaliser sur la problématique des nouveaux usages des publics en bibliothèque, il nous paraît important de définir ce qu’est une collection. Selon le Guide Pratique du Catalogueur, une collection dans le sens bibliothéconomique du terme peut désigner soit un “fonds de documents, d’archives ou d’objets”, soit un “mode de publication”. [1]  Dans notre cas, la première partie de la définition correspond davantage à notre objet d’étude. Cependant, cette définition est encore trop vaste dans le cas qui nous occupe et il nous faut donc l’affiner. Le Dictionnaire encyclopédique du livre nous propose comme sens plus spécifique: “ensemble de documents apparentés par une caractéristique de formes ou de contenus. (ex. : une collection d’estampes…)”. [2] C’est donc à cet aspect précis de ce qu’est une collection que nous nous intéresserons, et que nous reprendrons ci-après sous le terme de “collection” employé dans cet article. Précisons enfin que d’après l’Enssib, il faut opérer une distinction entre les collections patrimoniales ou anciennes, les collections courantes (disponibles pour le grand public) et les collections numériques. [3]

Intéressons-nous à présent à un peu de gestion des collections. Pour cela, nous avons pris comme référence le livre de Bertrand Calenge: Les politiques d’acquisition, livre posant les bases en matière de gestion des collections en bibliothèque. Avant d’établir une nouvelle collection, il est indispensable de mettre en place un cadre formalisé concernant les acquisitions dans les bibliothèques. Pour cela il faut construire une politique d’acquisition reposant sur quatre piliers: formaliser, maîtriser, s’organiser et évaluer. Il est conseillé de mettre en place trois types de documents différents qui encadreront la politique d’acquisition au sein des bibliothèques: – une charte des collections. – un plan de développement des collections. – un protocole de sélection. Ces différents documents devront être rédigés en tenant compte de différents critères comme les objectifs de la bibliothèque, les budgets alloués et la coopération avec l’autorité supervisant l’institution. Ces documents devront être remis à jour régulièrement en prenant compte des évolutions, des pratiques et des objectifs des bibliothèques. 

Une fois ces procédures mises en place, il est intéressant de prendre en compte les besoins des usagers de la bibliothèque, afin d’établir les étapes de sélection en vue de créer ou compléter une collection. De même, la sélection doit se concevoir en fonction des domaines, de l’importance qu’ils occupent au sein de la bibliothèque et de la volonté de spécialisation de la bibliothèque dans un domaine particulier, sans toutefois tomber dans une tentative d’exhaustivité. Il est également important de tenir compte de ce que la bibliothèque possède déjà au sein de sa collection, de la précision ou non du document sur un sujet, de la place disponible au sein de la collection et de la durée de vie de ce document. Ces cadres posés, on peut alors se pencher sur les différentes formes que prennent les collections au sein des bibliothèques. On peut ainsi retrouver à titre d’exemple: les fonds patrimoniaux et spécialisés, des collections basées sur des supports bien particuliers (CD, grainothèques…), des documents à usages différenciés (ex. BD)…

Nouveaux usages des publics face aux collections

Ces dernières années, les bibliothèques publiques se sont posé beaucoup de questions quant à leurs rapports avec les différents publics. Dans un monde où l’accessibilité à l’information change, où la numérisation fait son apparition et prend de plus en plus d’espace au quotidien, où le rapport à l’objet livre évolue vers une désacralisation de celui-ci, les bibliothèques ont dû se rendre à l’évidence, il leur fallait s’adapter, changer de paradigme afin de ne pas se scléroser et à terme, disparaître. Différentes enquêtes ont ainsi été effectuées dans le but de constater les nouveaux usages des différents publics, y répondre et tenter d’anticiper certains d’entre eux avant leur apparition. Ainsi, le ministère français de la Culture a produit plusieurs enquêtes, dont la dernière date de 2016 sur les publics en bibliothèque municipale, et les différents usages « au sein de » et par celles-ci. [4] La Fédération Wallonie-Bruxelles publie quant à elle, chaque année, un rapport sur les développements culturels, concernant donc les bibliothèques publiques, sur son territoire de compétence. [5] De la lecture de ces documents ressort le fait que si le nombre d’inscrits en bibliothèque diminue, cela est compensé par un nombre toujours plus grand de séjourneurs. Si l’usage principal d’une bibliothèque reste l’emprunt de livres et la recherche, il est toutefois concurrencé par de nouveaux usages et nouvelles demandes plus récentes des publics auprès des bibliothèques publiques. Ainsi de plus en plus d’usagers viennent pour rencontrer d’autres personnes, utiliser les infrastructures (EPN, salles d’études, salles de lecture), participer aux animations, se former aux nouvelles technologies… Diminuant donc le nombre d’usagers inscrits régulièrement au profit des séjourneurs. Dès lors, les bibliothèques ne pouvaient plus uniquement rester orientées sur la gestion pure et dure de livres. Le mouvement d’adaptation vint du nord de l’Europe en proposant de tendre vers le concept de bibliothèque citoyenne, troisième lieu, où les usagers se trouveraient dans un pôle informatif et récréatif. [6]

La bibliothèque publique change donc de perception aux yeux des publics, et passe d’une image de gardienne du savoir à un espace de rencontre et d’interaction culturel et citoyen. La majorité des usagers non inscrits viennent pour les à-côtés de la bibliothèque: animations, formation, salles d’études, réseau wifi, accès à la presse… De même, les demandes se spécifient en fonction des tranches d’âges, de la classe sociale, de la distance géographique avec la bibliothèque, de la maîtrise de la langue… Les bibliothécaires ne peuvent plus se limiter à considérer les usagers comme le public, mais comme des publics, multiples et variés avec des usages et attentes particuliers. De plus, au milieu de toutes les nouveautés culturelles, se posent deux principales questions: comment valoriser les collections face à ces nouvelles habitudes en bibliothèques, et, une fois valorisées, comment toucher les publics ne venant pas spécifiquement pour les livres? Bertrand Calenge soulevait le fait que l’avènement d’Internet entrait en concurrence directe avec les bibliothèques. L’information se trouvant dès lors à portée de clic, les bibliothèques n’étaient plus en priorité des espaces de recherche de l’information documentaire, mais des endroits de détente et de découvertes culturelles. [7] Cependant, l’utilisation d’Internet par les usagers va de nos jours bien au-delà de la simple recherche d’information. Les bibliothèques ont donc massivement pris le parti d’utiliser cet outil, allant par là à la rencontre des usages d’une partie de ses publics, et permettant ainsi de se mettre en contact et de toucher des publics qu’elles atteignaient plus difficilement. La présence sur les réseaux sociaux et la mise en place de plateformes de prêts numériques en sont de parfaits exemples. En Belgique, la plateforme Lirtuel a permis d’atteindre une partie du public ne pouvant se rendre dans certaines bibliothèques. Dans le cadre de la valorisation des collections, Internet se révèle également être un bon outil mettant à disposition, par exemple, des collections numériques.

En outre, d’autres usagers se tournent vers la bibliothèque en quête de services, par exemple comme service documentaire ou dispensateur de formation. [8] Il s’agit d’une autre catégorie de public, pas nécessairement intéressée par le contenu des collections, mais davantage par l’acquisition de connaissances via une transmission par l’expérimentation. Ainsi, dans le cadre de cet espace d’échange citoyen, les bibliothèques publiques ont mis en place d’autres manières d’accéder à la culture. Elles communiquent sur les différents services qu’elles proposent au moyen des réseaux sociaux, des portails, des newsletters, d’affiches… Il s’agit de faire connaître les bibliothèques grâce à leurs autres utilisations possibles et de toucher plus largement ce genre de public. L’observation du succès grandissant des Fab-Lab ou des grainothèques en est un bon exemple. Cependant, il reste le défi d’intéresser ces publics aux collections, à ce savoir contenu dans les livres, ce pour quoi ils ne sont pas nécessairement venus à la base. Ainsi, une bonne manière peut être de leur proposer une sélection bibliographique en rapport avec le sujet d’intérêt pour lequel ils sont venus en bibliothèque. Nous détaillerons davantage cette façon de mettre en valeur les collections plus loin dans notre article.

Parmi les nouveaux usages des différents publics fréquentant les bibliothèques, il a aussi été observé une demande des usagers d’être pris en compte, d’être consultés ou même de pouvoir participer à certains projets de la bibliothèque. [9] En effet, lors du changement de paradigme, nous avons vu que le rôle de l’usager au sein des bibliothèques a évolué au cours de ces dernières années, passant d’un demandeur d’information passif à un artisan actif, ayant un rôle plus important à jouer. Les bibliothèques sont alors passées d’une mission axée sur la gestion de collections, à des projets davantage tournés vers leurs usagers. Au cours de cette évolution est donc apparue cette demande des usagers d’être consultés plus régulièrement en matière de gestion des collections, et dans certaines bibliothèques permettant une participation active de leurs publics, de pouvoir participer activement à certains projets de la bibliothèque. Les bibliothèques prennent en compte ces nouvelles demandes et proposent donc des outils permettant à leurs publics d’effectuer ces nouvelles démarches de collaboration. Par exemple, la mise en place de boîte à suggestions d’achats de livres, d’un blog de bibliothèque sur lequel les usagers peuvent donner leurs avis sur les livres lus, ateliers et animations organisés en coopération avec eux… La demande de participation plus active des publics aux différents services de la bibliothèque a donc un impact sur la gestion des bibliothèques et sur celle des collections.

Propositions de solutions

La valorisation des collections fait partie de l’action culturelle des bibliothèques. Face aux nouvelles habitudes, aux nouvelles attentes des usagers, les bibliothèques ont dû s’adapter. Différentes formes de valorisations existent donc selon les publics que l’on veut toucher et les demandes, les usages que nous avons évoqués précédemment.  » De la bibliographie au présentoir, de la rencontre avec un auteur à la conférence, du concert conté à l’atelier artistique, l’éventail des moyens de mise en visibilité est large. » [11]. Le rôle du bibliothécaire est dès lors essentiel, et les moyens mis en œuvre peuvent varier d’une bibliothèque publique à l’autre, mais aussi d’une politique culturelle à l’autre. La mise en valeur de collections peut également se faire avec des partenaires extérieurs à la bibliothèque. À la base de tout moyen de valorisation, il nous semble important de vérifier le contenu de l’offre qui sera proposée et le public qui pourra être touché tout en tenant compte de la réalité locale.

Une première façon de valoriser les collections en bibliothèque publique est d’opérer une sélection bibliographique, un échantillon de la collection, et de la mettre en avant de manière physique. Ainsi, cette sélection est exposée sur une table dédiée ou sur un présentoir. Cependant, cela ne suffit pas à attirer le lecteur et il faut bien évidemment penser à le diriger, à l’intéresser à ce choix proposé par les bibliothécaires. Pour ce faire, les bibliothécaires peuvent utiliser l’attractivité visuelle en décorant l’endroit où se trouvent les livres avec des objets en rapport avec la sélection (des coquillages pour la mer, des feuilles mortes et des marrons pour l’automne…), ou en créant un panneau visible et ludique indiquant la sélection (grande loupe découpée dans du carton et sur laquelle est écrit “Romans policiers”, grand coeur en carton pour les romans “spécial Saint-Valentin”…). Un fascicule reprenant les différents titres de la sélection peut également être créé et envoyé avec la newsletter de la bibliothèque, afin d’informer les lecteurs de l’existence de cette collection et de ce qu’elle contient. De même, l’échantillon devra être placé à un endroit stratégique où les usagers sont nombreux à passer, comme près du comptoir par exemple. Enfin, les conseils de lecture des bibliothécaires eux-mêmes restent une bonne façon de valoriser cet échantillon. 

La sélection bibliographique peut également être valorisée au niveau numérique. Elle pourra être mise en avant sur le portail de la bibliothèque, sur sa page Facebook, son fil Twitter ou dans sa newsletter par mail. Le fascicule reprenant les titres de la sélection pourra également être diffusé par la même voie. Grâce à la valorisation numérique, la sélection peut être agrémentée d’images, de sons, de commentaires des usagers ou des bibliothécaires, d’extraits, de vidéos, de bibliographies, de biographies… Cela permettant d’améliorer l’attractivité et l’interactivité de la sélection, d’apporter davantage aux usagers. La mise en valeur numérique de la sélection bibliographique d’une collection peut donc être un plus à sa mise en valeur physique. Elle ne doit toutefois pas totalement la remplacer, car la disparition de la présentation physique d’un échantillon d’une collection entraînerait le fait que certains publics parmi d’autres ne seraient pas touchés par la valorisation de cette collection. Par exemple: les personnes âgées, les personnes n’ayant pas accès à Internet, les enfants… La sélection bibliographique est donc une bonne manière de valoriser ses collections, et en utilisant de façon complémentaire les supports physiques et numériques, elle permet de répondre aux usages des différents publics fréquentant les bibliothèques publiques. [12]

Les expositions permettent de mettre en valeur les collections. Les bibliothèques peuvent accueillir ces expositions en partenariat avec la commune ou le centre culturel de la ville. Les expositions vont être pensées autour d’une thématique. Les bibliothèques peuvent par exemple exposer leurs fonds régionaux et ainsi promouvoir les auteurs locaux. Il est aussi possible dans certaines bibliothèques d’exposer des livres anciens en prenant une thématique comme l’enluminure, une période de l’histoire… Une exposition centrée sur un auteur permet éventuellement de le faire découvrir aux usagers et surtout valoriser ses ouvrages présents dans la bibliothèque. Par exemple, dans le cadre du festival  “Les nuits d’encre 2020” deux bibliothèques, la bibliothèque centrale du Brabant Wallon et la bibliothèque d’Ottignies, en partenariat avec le centre culturel, ont accueilli l’exposition “ Le petit monde de Michel Van Zeveren”. [13] Cet auteur d’une trentaine d’ouvrages pour enfants publiés chez Pastel présente des originaux de ses oeuvres. Cela a permis de valoriser les ouvrages de cet auteur présents dans les deux bibliothèques.

Les collections peuvent également être valorisées à travers diverses animations. En effet, les animations sont  au coeur de la vie des bibliothèques, car elles permettent d’attirer les usagers et d’échanger avec eux tout en attirant l’attention sur les collections mises en avant par l’animation. Elles sont aussi l’opportunité de rapprocher le citoyen non usager de la bibliothèque et donc de toucher un type de public plus éloigné susceptible d’y revenir plus tard. Les animations renvoient une image positive de la bibliothèque. [14]
De façon non exhaustive, voici quelques animations organisées par les bibliothèques: des club lectures axés autour d’une collection pour les adolescents (Nivelles) [15], pour les adultes (dans une majorité de bibliothèques), les contes pour jeunes enfants “l’heure du conte”, ceux-ci pouvant être adaptés à une thématique visant à valoriser une collection spécifique(notamment à Ottignies)[16],  atelier de bricolage en lien avec les ouvrages d’une collection particulière (Bibliothèque Sésame de Schaerbeek)… [17]

Les spécialistes interviennent lorsque les bibliothécaires veulent valoriser une collection spéciale. Un égyptologue peut être appelé pour donner une conférence sur l’Égypte dans le cadre d’une exposition organisée par la bibliothèque autour de ce thème, ayant pour but de valoriser une collection sur ce sujet. De même qu’elle peut organiser une séance questions/réponses avec le spécialiste invité ou mettre en place des animations animées par celui-ci. La bibliothèque peut aussi faire appel à un auteur lorsque celle-ci veut valoriser ses ouvrages. Elle peut également organiser une animation avec cet auteur avec, à la fin, une séance de dédicace. D’autre part, les bibliothèques peuvent organiser des rencontres littéraires visant aussi à mettre en avant les écrits d’un auteur, comme c’est le cas de la bibliothèque des Riches Claires. Cette bibliothèque a créé, en 1998, les “Coups de Midi”. Cette animation menée par Jacques de Decker est réalisée deux fois par an. Les “Coups de Midi” consistent à inviter un auteur dont l’ouvrage a été récemment publié et à en faire un portrait. Dans un entretien avec Laurent Mossen, Jacques de Decker donne son expérience de cette animation : “ il s’agissait de faire un véritable portrait de l’auteur invité, en dépassant le simple cadre de la dernière publication de celui-ci qui ne devenait plus qu’un prétexte à la rencontre. Ces portraits furent d’ailleurs filmés dès la quatrième rencontre et constituent aujourd’hui un ensemble d’environ 80 enregistrements”. [18]

Répondant directement à la demande des usagers de participer plus activement à certains projets de la bibliothèque, la co-construction des collections est une solution qui permet également leur valorisation. Elle permet par des moments de partage et d’échanges entre les bibliothécaires et les différents publics que ces derniers ne soient plus de simples consommateurs des collections, mais également des personnes-ressources pour la bibliothèque. Ces personnes peuvent ainsi aiguiller les bibliothécaires vers la constitution de collections intéressant les publics de façon quasi certaine, ceux-ci s’étant exprimés lors des temps d’échanges, ou peuvent proposer à la bibliothèque une sélection d’ouvrages clés dans certains domaines, dans lesquels les bibliothécaires n’ont que peu d’expérience. Cela étant, ces usagers participent à la politique documentaire de leur bibliothèque. En ce qui concerne la valorisation des collections constituées de cette manière, ces différentes personnes actives peuvent elles-mêmes jouer le rôle d’animateur de collection auprès des publics, en leur montrant qu’ils ont le droit de contribuer et de s’attribuer les collections. S’ils s’y connaissent dans le domaine de la collection, ils peuvent également intervenir lors des activités de valorisations organisées par les bibliothèques (expositions, animations, mois autour d’un thème, conférences…), en tant que passionné et usager contributeur, mettant en avant la collection, et son action sur celle-ci comme utilisateur de la bibliothèque auprès des autres usagers, favorisant par là l’intérêt des publics. La co-construction de collections permet donc d’ouvrir un autre genre d’espace de citoyenneté au coeur de ce troisième lieu que deviennent les bibliothèques publiques.[19]

Une autre solution pour mettre en valeur ses collections, c’est que la bibliothèque devienne éditrice d’une partie de son fonds, sur laquelle elle dispose des droits. [20] Si les bibliothèques universitaires s’étaient déjà lancées dans ce genre de pratiques, les bibliothèques publiques ont également tenté l’expérience.

Dans le cas d’une collection constituée de documents libres de droits, la bibliothèque de Rochefort [21] a mis en place une solution intéressante pour donner accès à ceux-ci à une large partie de ses publics. La bibliothèque s’est lancée dans l’auto-édition numérique en créant les éditions Transbordage. L’idée n’est pas simplement de numériser les collections et mettre les documents tels quels à disposition des usagers, mais de présenter un véritable travail d’éditeur. Les livres sont publiés au format e-pub et mis en ligne gratuitement sur le site de la bibliothèque ou sur des plateformes de distribution. Au-delà de la simple publication du texte, la bibliothèque propose d’enrichir ses livres numériques grâce au son, à l’image ou à la vidéo. Une des volontés est également de publier des catalogues d’expositions numériques enrichis, afin de garder une trace des différentes expositions physiques organisées autour du fonds patrimonial de la ville de Rochefort. La bibliothèque de Rochefort n’est pas la seule à proposer cette solution, d’autres bibliothèques lui ont emboîté le pas, comme la bibliothèque de Rouen (La Conquérante numérique) [22] ou la Bibliothèque Publique d’Information. [23] À notre connaissance, les bibliothèques publiques en Belgique francophone ne proposent pas encore ce genre de service.

Une des solutions envisagées pour mettre en valeur les collections spéciales est la numérisation de ces collections. En effet, numériser les collections spéciales parallèlement aux collections physiques dans les bibliothèques; permettrait un plus large accès à ces collections, et donc une meilleure visibilité. Pour preuve, la bibliothèque municipale de Lyon a passé un contrat avec Google dans le but de numériser leur fonds ancien (près de 400 000 documents), et les mettre à disposition du monde entier via Google Books et sur la bibliothèque virtuelle de Lyon. Une analyse statistique a révélé 64 millions de visites du fonds ancien lyonnais en 2015 [24]. La numérisation est, certes, importante, mais il faut également faire attention à l’accès à la collection numérisée. S’il y a quelques années des supports physiques étaient nécessaires pour visualiser des collections virtuelles (CD, DVD…), il est aujourd’hui possible de mettre les collections virtuelles en ligne. La Public Library of Seattle accorde une grande importance à ses collections spéciales et a donc développé un site donnant accès à ses collections numérisées [25]. L’Openbare Bibliotheek van Amsterdam, quant à elle, a mis à disposition une partie de ses collections spécialisées via le site Het Geheugen (en français La mémoire) [26]. Ce site créé à l’initiative de la Koninklijke Bibliotheek rassemble des collections numérisées de plusieurs institutions aux Pays-Bas. En Belgique, certaines bibliothèques ont pour projet de mettre en avant leurs collections spéciales, mais dans une moindre mesure par rapport à l’OBA ou la Public Library of Seattle. Par exemple: la bibliothèque de Bièvre a mis à disposition une partie de son fonds historique numérisé dans un catalogue en ligne. [27]

©Openbare Bibliotheek Amsterdam, Jorge Royan, 2008.

Le cas des Pays-Bas

Depuis 1950, l’Association des bibliothèques publiques néerlandaises (VOB – Vereniging van Openbare Bibliotheken) regroupe les bibliothèques publiques et provinciales. En 2018, elle comptait 146 bibliothèques publiques et 11 bibliothèques provinciales [28]. Les rôles de la VOB intègrent les grandes orientations stratégiques telles que le développement des services numériques et l’acquisition de contenus numériques. [29]

Toutes les bibliothèques publiques détenant des collections spéciales se sont donné pour mission de les rendre accessibles au niveau national dans le cadre du projet “De Collectie Nederland” . En 2011, l’Instituut Collectie Nederland (ICN) a fusionné avec l’Agence nationale du patrimoine culturel (Rijksdienst voor het Cultureel Erfgoed) dépendant du ministère de l’Éducation, de la Culture et des Sciences. L’ICN a dès lors la responsabilité de la gestion et de la conservation des collections ainsi que de la diffusion des connaissances auprès du public. Le projet a permis le développement de la banque d’images “Het Geheugen” qui est administrée par la Koninklijk Bibiliotheek (KB). Elle contient actuellement (avril 2020) 799 254 images issues de 132 collections appartenant à 92 institutions. Het Geheugen contribue à la banque de données Europeana. [30]

Sous l’impulsion des bibliothèques à vocation scientifique (WSF-bibliotheken), s’est développé le réseau des Plusbibliotheken. Ce sont des bibliothèques publiques possédant des collections du niveau de l’enseignement supérieur (Pluscollecties). Les collections peuvent être larges (par exemple, l’histoire des Pays-Bas, la santé, les sciences exactes…), mais peuvent également être plus spécifiques (par exemple Gerard Reve (OBA), les échecs…). Le réseau valorise ces collections sous la forme d’étalages digitaux (Digitale etalages) ou vitrines numériques. Ce sont des sites Web thématiques proposant une collection de livres uniques, mais aussi des contenus enrichis tels que des textes, images et sons ainsi que différents canaux multimédias permettant aux usagers de communiquer entre eux. Le réseau des Plusbibliotheken compte 13 institutions (PLUS BIBLIOTHEKEN,2020) parmi lesquels l’OBA Oosterdok (centrale). [31]

Exemple : La collection Gerard Reve

En 2004, l’OBA a acquis la collection Reve en hommage à l’écrivain. Cette collection regroupe des manuscrits et des correspondances, mais également des objets tels que cartes de visite, agendas, revues littéraires ainsi que des reliques. La collection est complétée par une vaste archive d’images et de sons, de la littérature secondaire… [32]. La promotion auprès du public est assurée par l’OBA, mais également par les étalages digitaux et par une page Facebook qui propose des actualités, des photos, des événements et des publications [33]. La collection est présentée sous forme d’une exposition permanente et les archives sont consultables sur demande par le public. La collection est constamment enrichie d’articles et de publications récentes. 

De façon à toucher un public élargi, la collection Reve a été inventoriée, classée et numérisée. Ton van de Laar, qui a dirigé le projet déclarait : “Ce fut un projet difficile, car comment classer cette collection …” [34]. Après avoir formulé les objectifs, une équipe composée de spécialistes de Reve et de Doxis a sondé toute la collection pour l’interpréter. Comme base de l’inventaire, la norme ISAD (CPF) a été utilisée et modifiée pour répondre aux spécificités de la collection (objets délibérément collectés). Le projet a permis de créer le catalogue de cette collection spéciale et de la rendre accessible via le site de l’OBA.

Conclusion

Pour pérenniser leurs activités dans le contexte d’évolution technologique que nous connaissons aujourd’hui, les bibliothèques se doivent de composer avec les nouveaux usages des publics. L’identification de ces usages est un préambule nécessaire à la définition des orientations stratégiques en matière de valorisation des collections. La dématérialisation des documents et leur accessibilité étendue par l’usage d’Internet sont des facteurs qui conditionnent le comportement, mais aussi les attentes des usagers des bibliothèques publiques. Plutôt que d’appréhender cette évolution comme une menace, ces bibliothèques peuvent tirer parti des outils innovants mis à leur disposition et orienter les services qu’ils proposent pour rencontrer ces attentes. Bien que les bibliothèques doivent s’adapter chacune à leurs publics particuliers, il n’est pas nécessaire de réinventer la roue pour innover. De nombreuses initiatives ont vu le jour de par le monde. Les exemples qui ont été présentés ici donnent un aperçu des solutions adoptées en Belgique, aux Pays-Bas et ailleurs. 

Les bibliothèques publiques recèlent des trésors de connaissances collectés au fil du temps. La valorisation de ces collections peut se réaliser de nombreuses manières et celles-ci peuvent se combiner pour créer des solutions originales. Les usagers eux-mêmes peuvent être impliqués dans le processus et contribuer ainsi à une meilleure adéquation entre demandes et solutions proposées. 

L’intégration de la révolution numérique dans les pratiques bibliothéconomiques ouvre des perspectives inédites à celui qui peut en tirer parti. La numérisation des collections est donc un préalable incontournable et un défi pour les gestionnaires de collections. En effet, les collections destinées à être numérisées doivent être d’abord inventoriées et classées avant d’être cataloguées et diffusées. Les outils de diffusion doivent être ajustés aux publics ciblés et mis à jour régulièrement. L’appropriation de ces outils par les usagers nécessite de l’information et de la formation. C’est donc le métier dans son ensemble qui doit s’adapter à ces nouveaux usages.   

La thématique présentée s’inscrit dans le contexte d’une analyse spécifique de la Bibliothèque Publique d’Amsterdam (OBA), de son organisation, de son fonctionnement et de la façon dont elle gère et valorise ses collections spéciales. Les recherches effectuées nous ont amenés à formuler des questions devant nous permettre d’approfondir cette analyse. Les questions, formulées ci-dessous, ont été posées à Monsieur Ton van Laar de l’OBA Oosterdok (centrale) que nous tenons à remercier pour ses réponses avisées.

Quel système intégré de gestion de bibliothèque (SIGB) utilisez-vous ?

Quelles normes de catalogage appliquez-vous ?

Votre plan de classement est-il basé sur la Classification Décimale Universelle (CDU) ou sur la Dewey Decimal Classification (DDC) ? Est-ce le même pour chaque partie de la bibliothèque ?

Avez-vous un plan ou une politique d’acquisition ? Si oui, est-elle basée sur une norme ?

Comment anticipez-vous les besoins des usagers ? Utilisez-vous des enquêtes de satisfaction ou d’autres outils ?

Y a-t-il une journée/semaine typique de travail à l’OBA ?

Comment promouvez-vous vos collections spécialisées ?

Y a-t-il des activités ou des actions régulières ? Utilisez-vous des outils particuliers pour les gérer ?

Sources :

[1]BNF Collection éditoriale, section, sous-collection : définitions. Dans : BnF: le guide du catalogueur [en ligne]. 18 juillet 2017. Disponible à l’adresse : http://guideducatalogueur.bnf.fr/abn/GPC.nsf/gpc_page?openform&type_page=fiche&unid=22DD3D2E934E9DA8C1257418002D8961

[2] FOUCHÉ, Pascal, PÉCHOIN, Daniel et SCHUWER, Philippe. Dictionnaire encyclopédique du livre : Tome 1 A-D. Vol. 1. Paris : Editions du Cercle de la Librairie, 2002, 3 vol. ISBN 2-7654-0841-6

[3]ENSSIB. Collection. Dans : enssib [en ligne]. 31 mai 2012. Disponible à l’adresse : https://www.enssib.fr/le-dictionnaire/collection

[4] MINISTÈRE DE LA CULTURE. Publics et usages des bibliothèques municipales en 2016 [en ligne]. [S. l.] : [s. n.], 2016. Disponible à l’adresse : https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/67551-publics-et-usages-des-bibliotheques-municipales-en-2016.pdf

[5] FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES. LES DÉVELOPPEMENTS CULTURELS DU TERRITOIRE [en ligne]. [S. l.] : [s. n.], [s. d.]. Disponible à l’adresse : http://bibliotheques.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=e6f6a438e623543a54ce668a5dca387840276c87&file=fileadmin/sites/bibli/upload/bibli_super_editor/bibli_editor/documents/PDF/Developpements_culturels_2017.pdf

[6] SOMVILLE-CORNET. Les publics dans nos bibliothèques. Cahiers de la documentation [en ligne]. 2008, Vol. 2. [Consulté le 13 avril 2020]. Disponible à l’adresse : https://www.abd-bvd.be/wp-content/uploads/2008-2_Somville-Cornet1.pdf

[7] CALENGE, Bertrand. Le Nouveau visage des collections. Bulletin des bibliothèques de France. 2010, no 3, p. 6‑12

[8] GILBERT, Raphaële. Services innovants en bibliothèque: construire de nouvelles relations avec les usagers [en ligne]. Mémoire. Villeurbanne France : Enssib, janvier 2010. Disponible à l’adresse : https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/48197-services-innovants-en-bibliotheque-construire-de-nouvelles-relations-avec-les-usagers.pdf

[9] BRETON, Elise. Penser les collections avec les usagers, les bibliothèques à l’heure de la co-construction. Arabesque. 2015, no 80, p. 22‑23

[11] [12] RABOT, Cécile. Chapitre 2. La valorisation des collections. Dans : La construction de la visibilité littéraire en bibliothèque [en ligne]. Villeurbanne : Presses de l’enssib, 30 janvier 2019, p. 68‑91. [Consulté le 2 avril 2020]. Papiers. ISBN 978-2-37546-065-8. Disponible à l’adresse : http://books.openedition.org/pressesenssib/3995.

[13] LES NUITS D’ENCRES. Expositions – Les nuits d’encre – Brabant wallon. [en ligne]. 2020. [Consulté le 21 avril 2020]. Disponible à l’adresse : https://lesnuitsdencre.be/expositions

[14] CALENGE, BERNARD. Accueillir, orienter, informer : l’organisation des services aux publics dans les bibliothèques Calenge, Bertrand [en ligne]. Paris : Cercle de la librairie, 1999, pp. 141-144.]. Bibliothèques. ISBN 2-7654-0777-0.

[15] BIBLIOTHÈQUE DE NIVELLES. Animations – Bibliothèque de Nivelles. [en ligne]. 2020. [Consulté le 3 avril 2020]. Disponible à l’adresse : https://www.bibliotheque-nivelles.be/animations.html)

[16] Bibliothèque & Ludothèque – Louvain-la-Neuve & Ottignies [en ligne]. 2012. [Consulté le 22 avril 2020]. Disponible à l’adresse : https://www.bibludolln.be/bibliotheque-d-ottignies.html

[17] Bibliothèque Sésame. Dans : Mabiblio.be [en ligne]. [s. d.]. [Consulté le 22 avril 2020]. Disponible à l’adresse : http://www.mabiblio.be/

[18] MOOSEN, Laurent, GHIGNY, Laurence, TREFOIX, Jean Claude et REYET, Maggie, . “Rencontrer des auteurs en bibliothèque.pdf” [en ligne]. Lecture 152. Septembre-Octobre 2007. [Consulté le 21 avril 2020]. Disponible à l’adresse :http://www.bibliotheques.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=4eaa88c5f70022df41432dd10f0ad57da9070a82&file=fileadmin/sites/bibli/upload/bibli_super_editor/bibli_editor/documents/PDF/dossier_152.pdf)

[19] BRETON, Elise. Penser les collections avec les usagers, les bibliothèques à l’heure de la co-construction. Arabesque. 2015, no 80, p. 22‑23

[20] NOSNY, Nathalie. La Bibliothèque éditrice. Bulletin des bibliothèques de France. 2018, no 15, p. 8‑11

[21] MERRIEN, Delphine. Constituer des collections: pourquoi? Pour qui? Pour quels usages? [en ligne]. Enssib, 12 mai 2016. Disponible à l’adresse : https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/visionner/66550-constituer-des-collections-pourquoi-pour-qui-pour-quels-usages

[22] NORMANDIE, LIVRE & LECTURE. Rouen – La Conquérante numérique : maison d’édition de livres numériques enrichis. Dans : Normandie, livre & lecture : initiatives dans les bibliothèques de Normandie [en ligne]. 16 décembre 2019. Disponible à l’adresse : https://projets.normandielivre.fr/initiatives-bibliotheques-en-normandie/2019/12/16/rouen-la-conquerante-numerique-maison-dedition-de-livres-numeriques-enrichis/

[23] BIBLIOTHEQUE PUBLIQUE D’INFORMATION. Éditions de la bibliothèque publique d’information. Dans : Bibliothèque publique d’information [en ligne]. [s. d.]. Disponible à l’adresse : https://www.bpi.fr/la-bibliotheque/publications-et-supports-de-communication/editions-de-la-bibliotheque

[24] EBOLI, Gilles. Questions de collections. 2016, no 9, p. 60‑69

[25] THE SEATTLE PUBLIC LIBRARY. Special Collections Online. Dans : The Seattle Public Library : Special Collections Online [en ligne]. [s. d.]. [Consulté le 2 avril 2020]. Disponible à l’adresse : https://cdm16118.contentdm.oclc.org/digital/

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[27] COMMUNE DE BIEVRE. Centre de Documentation historique. Dans : Commune de Bièvre [en ligne]. 2020. Disponible à l’adresse : http://www.bievre.be/page/centre-de-documentation-historique-2.html

[28] STATLINE. Statistieken Openbare bibliotheken Nederland 2015-2018 [en ligne]. 2020. [Consulté le 2 avril 2020]. Disponible à l’adresse : https://opendata.cbs.nl/statline/#/CBS/nl/dataset/70763NED/table?fromstatweb

[29] BLIN, Frédéric. Les bibliothèques en Europe : organisation, projets, perspectives. Paris : Editions du Cercle de la Librairie, 2013. Bibliothèques. ISBN 978-2-7654-1368-4. Bibliothèque de l’Iessid 025A HAQ R

[30] KONINLIJKE BIBLOTHEEK. Over Het Geheugen. Dans : Het Geheugen [en ligne]. [s. d.]. [Consulté le 14 avril 2020]. Disponible à l’adresse : https://geheugen.delpher.nl/nl/geheugen/pages/webpage/over%20het%20geheugen

[31] BERG, Femke van den. Plusbibliotheken willen samen pieken. Bibliotheekblad [en ligne]. 2010 [Consulté le 3 avril 2020] , no 9, p. 19‑21. Disponible à l’adresse : https://www.bibliotheekblad.nl/zoeken

[32] OPENBARE BIBLIOTHEEK AMSTERDAM. Gerard Reve collectie. Dans : OBA [en ligne]. 2020. [Consulté le 20 avril 2020]. Disponible à l’adresse : https://www.oba.nl/collectie/speciale-collecties/gerard-reve-collectie.html

[33] GERARD REVE COLLECTIE. Dans : Facebook [en ligne]. 2020. [Consulté le 22 avril 2020]. Disponible à l’adresse : https://www.facebook.com/Gerard-Reve-collectie-186140428086579/

[34] DOXIS. Archief van Gerard Reve digitaal toegankelijker gemaakt. Doxis Magazine [en ligne]. 2016 [Consulté le 20 avril 2020], no herfst 2016, p. 16‑19. Disponible à l’adresse : https://www.eburg.nl/downloads/Doxis-Archief-van-Gerard-Reve-digitaal-toegankelijker-gemaakt.pdf