Bibliothèques de Musée : Pour qui ? Pour quoi ?

Même si elles sont peu connues du grand public, les bibliothèques de Musée ont un rôle important à jouer. Elles disposent de missions spécifiques, des spécialisations, d’enjeux communs aux musées, de publics spécifiques et leurs propres outils. Cet article vous invite à les découvrir et à vous pencher sur des problématiques à travers des cas pratiques de bibliothèques de musée en Belgique, aux Pays-Bas et ailleurs dans le monde.

Pourquoi une bibliothèque dans un musée ?

Dès le Moyen-Âge, les églises collectent des ouvrages, mais également des objets. Ces différentes acquisitions, précieuses aux yeux de l’Église, ont été conservées, protégées, et à présent sont toujours en bon état dans les bibliothèques et musées modernes (Vander Wateren , 1999). Les bibliothèques et musées sont donc depuis très longtemps liées.

Tout d’abord, les bibliothèques et les musées ont la même première fonction, de conservation et de partage de culture. La création d’un musée jaillit de la passion de collectionner, d’accumuler des objets coûteux, beaux, rares,… (Lewis, 2018) Ils sont donc liés par cette conservation, le rangement, l’organisation de différents documents.

Une bibliothèque dans un musée permet au public de celui-ci ainsi qu’au personnel et aux différents scientifiques de pouvoir consulter, voir même parfois de pouvoir emprunter des ouvrages en rapport avec leurs visites, leurs recherches… Elle permet aussi parfois d’attirer un public qui ne fréquentait pas spécialement le musée.

De manière générale, la bibliothèque de musée est adressée à un public de spécialistes, des scientifiques ainsi que des étudiants et le personnel du musée qui la fréquentent. Dans certains musées, la bibliothèque n’est pas ouverte au grand public, et s’adresse aux spécialistes et scientifiques qui fréquentent ces musées.

Beaucoup de visiteurs des musées ne sont pas au courant de l’existence des bibliothèques, car celles-ci ne sont pas signalées, mal indiquées, ne se trouvent pas à des endroits « stratégiques » : par exemple visibles depuis les autres parties du musée ou près de l’entrée… Une bonne signalétique est donc un élément important dans les musées pour indiquer la présence d’une éventuelle bibliothèque.

Cette visibilité est aussi numérique, le nombre de clic pour accéder à la page consacrée à la bibliothèque est un facteur important dans la visibilité par le public.

Dans la plupart des cas, la bibliothèque d’un musée a pour but de documenter, de mettre à disposition des différents publics, de la documentation des ouvrages pouvant les informer sur les différentes expositions présentes dans l’institution. Le musée et la bibliothèque entretiennent une même idée de parcours ainsi qu’une même idée de l’usage des savoirs et de la mise à disposition de ceux-ci auprès de ses publiques cibles. Ces deux entités, bien que liées entre elles, ont pour objectifs d’élargir leur public, de les accueillir, de les fidéliser et de diversifier les services offerts.

Néanmoins, certaines bibliothèques portent ce nom alors qu’elles auraient plutôt une vocation de centre d’archive, leur but premier étant la conservation de documents précieux, anciens…

De manière générale, les bibliothèques de musées possèdent des documents en rapport avec les collections du musée. Par ailleurs, les collections d’un musée ont trait à un caractère artistique tandis que les collections d’une bibliothèque ont trait à un caractère documentaire. Ces deux caractères se complètent par des savoirs complémentaires. Par exemple au musée des instruments de musique, les documents ont un lien avec l’histoire de la musique, la musicologie, les instruments… et ainsi de suite.

Bien qu’elles achètent elles-mêmes des documents, les bibliothèques de musées, étant spécialisées et accueillant un public lui aussi, spécialisé, reçoivent régulièrement des dons, de professeurs, de scientifiques… leur léguant ceux-ci lorsqu’ils partent à la retraite ou lorsqu’ils n’ont plus besoin d’ouvrages qui leurs étaient utiles dans leurs professions. Ces collections de bibliothèques spécialisées s’enrichissent pour la plupart grâce à des documents « non-habituels » tels que des photos, cartes, plans, maquettes ou même d’autres objets insolites.

Pour les bibliothèques qui possèdent un service de prêt, il faut un système de gestion des documents permettant aussi de pouvoir gérer le prêt, les réservations… La plupart des bibliothèques possède également un catalogue, souvent disponible en ligne pour le public (Online public access catalog). Le Musée de sciences naturelles utilise le logiciel Limo. Des bases de données, qu’il s’agisse de services en accès libre ou de services payants, sont également rendues accessibles dans la plupart des bibliothèques de musées.

Quelques bibliothèques de musée en Belgique

Essayons de parcourir l’exemple de trois importantes bibliothèques de musée en Belgique, tout en mettant en évidence leurs pratiques et leurs enjeux spécifiques. Il s’agit des bibliothèques du Musée d’Instruments de Musique, de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, et des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, tous à Bruxelles.

Le Musée des Instruments de Musique de Bruxelles a été créé en 1877 et avait été rattaché par le conservatoire royal de musique de Bruxelles. C’est l’un des musées d’instruments de musique les plus importants au monde, il recense 1100 instruments de musique de Belgique et du monde entier et détient des salles de concert et un espace pour des ateliers.

Old England facade, currently the Musical Instruments Museum in Brussels

La bibliothèque du Musée des Instruments de Musique est un établissement fédéral et spécialisé en organologie (qui est la science et l’étude des instruments de musique), en musicologie et en ethnomusicologie. Cette bibliothèque comporte 40 000 ouvrages dont des monographies de collection, des CD, des DVD, des périodiques et des partitions, étant donnée sa mission de conservation muséale. La bibliothèque a acquis essentiellement sa collection actuelle d’ouvrages par des vides greniers de particuliers et par des dons. La bibliothèque du MIM utilise le logiciel d’encodage VUBIS en connexion avec le Muséum Carmentis et une classification par la CDU et par sujet. Par ailleurs, concernant son plan de classement, la bibliothèque le divise en dix grandes subdivisions et sous-subdivisions.   

Les publics qui franchissent les portes de cette bibliothèque sont divers car ils sont de tout âge et pour la plupart passionnés de musicologie. Ceux-ci sont des musiciens, des étudiants en musicologie ou des fabricants d’instruments de musique. Ces publics ne peuvent emprunter les ouvrages, car ceux-ci sont uniquement consultables dans la salle de lecture de la bibliothèque.

Muséum des Sciences naturelles de Belgique (entrée) (source : Wikipédia)

La bibliothèque de l’Institut des Sciences naturelles de Belgique offre plus de 10 000 périodiques, 300 000 livres ainsi que des documents spécialisés divers tels que les cartes, les photographies, les documents d’archives. La mission principale de cette bibliothèque est de permettre à tout usager de se documenter et s’informer dans les domaines scientifiques naturels divers. Ces domaines traitent de la biodiversité, de l’évolution, de la zoologie et de la géologie. La bibliothèque offre de multiples documentations et sources scientifiques à tout type d’usagers intéressés par les domaines que traite le musée. La bibliothèque a signé des conventions d’échanges avec les plus importantes institutions scientifiques renommées qui expédient à la bibliothèque des publications officielles pour étoffer les collections. La bibliothèque possède les catalogues Limo et Unicat à destination des usagers.

Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (entrée) (Photo : Michel Wal. Source : Wikipédia )

La bibliothèque des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique se situe à Bruxelles et à un seul endroit, contrairement aux musées se trouvant sur différents sites. La bibliothèque regroupe plusieurs musées. Parmi eux, le Musée Magritte, le Musée Oldmasters Museum, le Modern Museum, le Musée Meunier Museum et le Musée Wiertz Museum. Cette bibliothèque est de nature scientifique et spécialisée dans l’histoire de l’art. Sa mission principale est une mission de conservation. Son domaine d’expertise est celui des beaux-arts de la période Moyenâgeuse à celle d’aujourd’hui et possède de la documentation de nature diverse. Plusieurs bases de données veillent au bon fonctionnement de la bibliothèque, ceux étant utilisés sur place se nomment Artbibliographies Modern, Art Index, Art Sales Catalogues Online et Artprice. La bibliothèque permet la consultation des ouvrages sur place pour ses publics mais s’étend également au prêt de publications rares dans d’autres institutions lors d’expositions temporaires. Ses publics sont divers, elle accueille les professionnels et spécialistes des métiers de l’art, les chercheurs et étudiants en histoire de l’art ainsi que les personnes souhaitant effectuer une ou plusieurs recherches spécialisées.

Le savoir-faire des Pays-Bas

Bibliothèque de recherche du Rijksmuseum d’Amsterdam. (Photo : Michael D. Beckwith. Source : Wikipédia.)

Notre tour des bibliothèques de musée néerlandaises commence par le Rijksmuseum, consacré aux beaux-arts et à l’histoire des Pays-Bas. Il jouit d’une renommée internationale et sa collection constitue le fonds le plus important d’œuvres d’art aux Pays-Bas.

La bibliothèque de recherche du musée, aussi appelée bibliothèque Cuypers, fait figure de l’une des plus importantes bibliothèques d’art du monde. C’est une bibliothèque académique privée d’histoire de l’art dont la mission est d’assurer, d’une part, un support d’informations documentaire à la mission du Rijksmuseum, et d’autre part, de consolider et d’étendre la position de celle-ci en tant que bibliothèque académique de l’histoire de l’art d’importance nationale.

Il s’agit pour la bibliothèque de maintenir la bonne qualité de ses collections et de les conserver de la meilleure manière possible, de combler les lacunes des collections, d’assurer l’accès aux informations disponibles et d’améliorer cet accès où cela est possible. Les thèmes majeurs du fonds de la bibliothèques sont l’histoire de la peinture, du dessin, de l’imprimerie, de la sculpture et des arts décoratifs en Europe de l’Ouest allant du Moyen Âge jusqu’au début du XXe siècle.

Elle poursuit de manière constante depuis 1885 une politique d’acquisition exigeante qui tend à assurer la qualité de ses collections. Celles-ci rassemblent aussi bien des monographies, des périodiques, des rapports annuels, que des catalogues de vente de collections, de ventes aux enchères et d’expositions.

Elle est située dans le bâtiment principal du Rijksmuseum et comprend une salle de lecture dans laquelle il est possible de consulter les collections de la bibliothèque. Une salle d’étude est mise aussi à disposition où sont accessibles les collections de la salle d’estampes et la documentation des collections.

Depuis que le Rijksmuseum s’est réorienté en tant que musée national d’art et d’histoire, l’histoire hollandaise est devenue aussi par conséquent un domaine d’intérêt dans ses collections. La bibliothèque de recherche du Rijksmuseum compte environ 450 000 volumes, comprenant autour de 60 000 catalogues de vente aux enchère, 500 périodiques et rapports annuels et plus ou moins 3 500 journaux. Chaque année, le fonds s’agrandit de 10 000 monographies, catalogues d’enchère et périodiques.

Une priorité pour eux est de proposer au public un accès le plus large possible à leurs collections. Pour ce faire, leur catalogue en ligne dispose d’un moteur de recherche performant. Dans cette optique, la bibliothèque offre au public, en plus de son propre OPAC , l’accès à plus d’une quinzaine de bases de données payantes comme par exemple : Art History Research, Arkyves, Art Full Text. Une vingtaine de base de données en accès libres sont également mises à disposition. Le prêt pour les visiteurs n’est pas possible mais ils peuvent faire des photocopies ou des scans sur demande.

Musée maritime national à Amsterdam. (Photo : Maksim. Source : Wikipédia.)

Le Musée Maritime National, située dans le port d’Amsterdam, contient l’une des plus grandes collections maritimes au monde avec environ 400 000 pièces comprenant des peintures, modèles de navires, instruments de navigation et cartes du monde.

Sa bibliothèque conserve une importante collection d’ouvrages d’histoire maritime qui lui vaut une réputation internationale. Elle compte plus de 60 000 livres, dont certains datent de plus de 500 ans. On compte parmi ceux-ci le plus grand fonds de monographies du domaine de la navigation ainsi qu’une des plus importantes collection de cartes et de descriptions de voyages de la période du XVe au XIXe siècle. Elle comporte également un large choix de revues et périodiques s’étalant du XVIIIe siècle au XXIe siècle constituant une source d’information de premier choix pour les historiens.

La bibliothèque qui est accessible gratuitement dispose d’une salle de lecture et d’étude où les volumes et périodiques datant d’après 1850 sont consultables par le public uniquement sur place. Les ouvrages de la bibliothèque sont mis à disposition en ligne via la base de données Maritiemdigitaal.nl qui regroupe les collections de plusieurs musées maritimes. Elle représente la plus grande base de données d’objets maritime du Benelux.

Ailleurs, des enjeux communs

Dans d’autres pays du monde, les bibliothèques de musées semblent également être confrontées à des enjeux communs : l’identification de leur public, l’organisation de l’espace, le rôle du fonds documentaire par rapport aux collections du musée, la valorisation des documents. Essayons de voir brièvement comment quelques institutions répondent à ces défis en Espagne, en France, en Italie et au Québec.

Bibliothèque du Museo del Prado, à Madrid. (Photo : Xauxa Håkan Svensson. Source : Wikipédia.)

La façon de percevoir son public et les besoins de celui-ci n’est pas sans varier d’une institution à l’autre. La Bibliothèque du Musée National du Prado, le plus important musée d’art d’Espagne, a été créée entre 1860 et 1870 à partir d’une collection de livres destinée à l’usage du personnel du musée (Aisa López et al., 2010). Encore de nos jours, cette bibliothèque a pour mission essentielle de répondre aux besoins internes de son institution mère, par exemple fournir la documentation nécessaire à un projet de restauration ou à l’organisation d’une exposition temporaire (Aisa López et al., 2010). Si les lecteurs externes — chercheurs, enseignants et étudiants — sont les bienvenus, ils doivent néanmoins se contenter de consulter les documents sur place (Aisa López et al., 2010).

Cette perception sélective du public paraît se confirmer dans d’autres bibliothèques de musées de beaux-arts. La Bibliothèque des Gallerie degli Uffizi, le célèbre musée d’art de Florence, est conçue surtout pour les besoins du personnel du musée, même si elle est également ouverte aux lecteurs externes (Capilla & Javier, 2006). Outre-Atlantique la situation n’est pas vraiment différente : la Bibliothèque du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) s’adresse aussi en priorité aux chercheurs et étudiants en histoire de l’art, et son accès physique se fait sur rendez-vous (Thibault, 2018). Dans tous les cas, on a des institutions spécialisées conçues pour des publics spécialisés — ce qui n’est pas sans renvoyer à une certaine approche sacralisante et élitiste des arts et du savoir.

Quid alors du public général, celui qui compose le gros des visiteurs des musées ? On trouvera peut-être une réponse plus démocratique à cette question dans la Bibliothèque du Musée du quai Branly, à Paris, consacré à l’ethnographie et à l’art autochtone des cinq continents. Cette bibliothèque, qui comme le musée existe depuis 2006, est en fait composée de trois bibliothèques conçues chacune pour un public et des besoins particuliers (Grandet, 2007). Une salle de lecture — salon Jacques Kerchache — offre un espace accueillant à tous types de public, des curieux aux spécialistes ; une Médiathèque d’étude et de recherche offre un espace de travail aux chercheurs et étudiants ; enfin, la salle de documentation des collections et des archives se veut un lieu hybride, destiné à la fois aux spécialistes et au grand public extérieur (Grandet, 2007).

Biblioteca degli Uffizi, à Florence. (Photo : Sailko. Source: Wikipédia.)

On le voit, la question du public est liée à l’aménagement de l’espace. Les bibliothèques de musée semblent accorder une importance particulière à l’architecture et à la disposition visuelle du mobilier, afin d’offrir à l’usager un équilibre entre aspect pratique et plaisir esthétique. L’audacieux projet architectural du quai Branly, par exemple, combine infrastructures bibliothécaires, mobilier élégant et une superbe vue de Paris (Grandet, 2007). Puis, au rez-de-chaussée, dans la salle de documentation, on met des outils de consultation numérique en dialogue avec le plantes du jardin (Grandet, 2007). Il ne faut pas que, dans un musée consacré à l’ethnographie et aux arts dits primitifs, les lecteurs se sentent coupés de leur tribu, de leur territoire ! Pareillement, la Bibliothèque du Prado, située dans le Casón del Buen Retiro, permet aux lecteurs de parcourir les ouvrages classés selon la CDU, de consulter des ressources numériques ou de visionner d’anciens documents microfilmés, tout en admirant les magnifiques fresques du peintre baroque napolitain Luca Giordano (1634-1705) (Aisa López et al., 2010). Après tout, l’usager de cette bibliothèque est un passionné d’art !

On se demandera alors : est-ce que la bibliothèque est un prolongement du musée ou le musée un prolongement de la bibliothèque ? Pour faire simple, on dira que les fonds des bibliothèques de musées sont constitués par rapport aux collections des musées, c’est-à-dire que les documents qui s’y trouvent sont censés faire parler les chefs-d’œuvre, les objets curieux et extraordinaires, la production des grands artistes de l’histoire. Giotto, Léonard de Vinci, Botticelli à Florence ; Vélasquez, Goya, Le Gréco à Madrid ; maîtres anonymes au quai Branly. Un certain parallélisme des collections veut alors que tout ce qui a sa place au musée trouve aussi en quelque sorte sa place à la bibliothèque.

Cette interaction à double sens entre fonds documentaire et collection de musées peut d’ailleurs susciter des collaborations enrichissantes entre les professionnels des deux sections. À la bibliothèque du MNBAQ, selon le témoignage de Nathalie Thibault, le bibliothécaire-documentaliste est invité à jouer un rôle actif de stratégiste de l’information (Koot, 2001) au sein des projets du musée : « il est intégré aux comités de conception d’activités et d’expositions et souvent en parité avec ses collègues conservateurs et muséologues. On le consulte pour sa vaste connaissance du patrimoine détenu par un musée, mais aussi pour prononcer des conférences, exposer des archives inédites, collaborer directement à des projets d’expositions et surtout travailler en amont lors de la mise en place de nouveaux processus numériques. » (Thibault, 2018) Finalement, entre musée et bibliothèque les frontières s’estompent, on ne sait plus où se termine l’un et où commence l’autre.

Médiathèque étude et recherche, Musée du Quai Branly, à Paris. (Photo : Lionel Allorge. Source : Wikipédia.)

Les bibliothèques de musées sur lesquelles nous nous sommes penchés jouent volontiers un rôle patrimonial puisqu’elles possèdent souvent des documents anciens et rares, qui demandent des efforts importants de conservation. La Biblioteca degli Uffizi compte pas moins de 1700 documents datant d’avant l’année 1800 : manuscrits, incunables, livres d’estampes, des préciosités de la Renaissance (Capilla & Javier, 2006). Au Prado, on est fier de posséder six éditions du XVIe siècle du traité d’architecture de Vitruve (Aisa López et al., 2010). Même la bibliothèque du MNBAQ a sa section de livres rares (Thibault, 2018). À cela s’ajoute la variété de documents et supports. Monographies, périodiques, catalogues d’exposition, catalogues de ventes aux enchères, photographies, estampes, etc. Le quai Branly remporte ce palmarès, avec un fonds qui inclut, outre les textes imprimés, une immense collection d’enregistrements sonores, vidéos et images — plus de 700 000 photos ! (Grandet, 2007)

Étant données ces particularités, la conservation et la valorisation des fonds prennent beaucoup d’importance. Toutes ces institutions — qu’elles soient traditionalistes ou innovantes — s’investissent sérieusement dans l’expansion des outils numériques, qui permettent de rendre accessibles les collections d’œuvres rares tout en contribuant à la préservation des documents. La bibliothèque du Prado propose ainsi, en plus du catalogue en ligne, une bibliothèque numérique à distance contenant des documents dématérialisés, avec notamment l’ensemble des catalogues du musée tout au long du XIXe et XXe siècles ainsi que la collection de manuscrits (Aisa López et al., 2010). Quant à la Biblioteca degli Uffizi, outre le catalogue informatisé, on a mis en ligne ces dernières années un fonds de manuscrits numérisés sur la Florence médiévale (Capilla & Javier, 2006).

La bibliothèque du MNBAQ, elle, aide depuis 2014 à la mise en œuvre du Plan culturel numérique du Québec, qui prévoit la numérisation des ressources patrimoniales de l’état — c’est-à-dire les œuvres d’art même du musée — afin de les rendre accessibles sur le Web (Thibault, 2018). Dans ce sens les bibliothécaires-documentalistes apportent une contribution importante pour alimenter les métadonnées des contenus numérisés et organiser l’information en amont pour de futurs projets de diffusion (Thibault, 2018).

À la bibliothèque du quai Branly, la mise en valeur des fonds passe aussi par une politique documentaire de promotion de l’interdisciplinarité (Grandet, 2007). De nombreuses ressources en ligne — dont certaines accessibles à distance — sont proposées aux usagers autour d’un projet d’intégration de l’ethnographie et des arts autochtones à des disciplines connexes comme l’histoire, la linguistique, l’archéologie, la préhistoire, la géographie et les voyages (Grandet, 2007).

En guise de conclusion

Nous avons essayé de survoler brièvement quelques problématiques spécifiques aux bibliothèques de musée, liées notamment aux caractéristiques des fonds et des locaux, à la situation de la bibliothèque et du bibliothécaire dans l’institution mère, aux projets qu’elles développent, à la relation de ces bibliothèques avec le public. Notre intention était d’approfondir quelques-unes de ces questions lors de notre visite à la bibliothèque du Musée Maritime National, à Amsterdam. Malheureusement, la situation sanitaire nous a obligé à changer de programme, mais nous espérons tout de même avoir l’occasion de revenir prochainement sur les pratiques de cette institution. Nous espérons découvrir par exemple :

  • Quel est le profil des usagers de la bibliothèque ?
  • Y a-t-il des services de prêt spéciaux pour les chercheurs ou autres institutions ?
  • Quel SIGB utilise-t-on pour le catalogage et la circulation des documents ?
  • Comment se déroule une journée type, ou une semaine type, dans la bibliothèque du musée ?
  • Quel est le profil des professionnels de la bibliothèque ? Est-ce qu’ils ont une formation en gestion de l’information ? Sont-ils spécialisés en sciences navales ?
  • Comment distingue-t-on les collections de la bibliothèque de celles du musée ? Est-ce qu’on utilise les mêmes outils pour les traiter ?
  • Quel est le rôle de la bibliothèque, et celle du bibliothécaire, au sein du musée ? Y a-t-il un document officiel définissant les objectifs et responsabilités d’une bibliothèque de musée ?
  • Y a-t-il une fédération ou association de bibliothèques de musées ?

Sources

AISA LÓPEZ, Luisa María, BAUSÁ, Marta, ELIPE PÉREZ, Filicidad et HERNANDO, Sonia. La nueva biblioteca del Museo Nacional del Prado. Educación y biblioteca [en ligne]. 2010, Vol. 22, nᵒ 176, p. 90‑97. [Consulté le 9 mars 2020]. Disponible à l’adresse : https://gredos.usal.es/bitstream/handle/10366/119716/EB22_N176_P90-97.pdf?sequence=1&isAllowed=y

BERTRAND, Anne-Marie. Bibliothèque et musée : notions et concepts communs. Bulletin des Bibliothèques de France (BBF) [en ligne]. Janvier 2014, nᵒ 1, p. 194‑195. [Consulté le 14 avril 2020]. Disponible à l’adresse : http://bbf.enssib.fr/critiques/bibliotheque-et-musee-notions-et-concepts-communs_66183

CAPILLA, Docampo et JAVIER, F. Italia: bibliotecas de arte y bibliotecas de museos en Florencia: situación actual y perspectivas de futuro. Dans : GOBIERNO DE ESPAÑA. MINISTERIO DE CULTURA, Memorias viajes bibliotecarios [en ligne]. [Madrid] : Gobierno de España. Ministerio de cultura, 2006, p. 55‑70. [Consulté le 8 mars 2020]. B02. Memorias de estancias profesionales. Disponible à l’adresse : http://travesia.mcu.es/portalnb/jspui/handle/10421/848

GRANDET, Odile. Bibliothèque de musée, bibliothèque dans un musée ? Bulletin des bibliothèques de France (BBF) [en ligne]. 2007, nᵒ 4, p. 5‑12. [Consulté le 15 mars 2020]. Disponible à l’adresse : http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2007-04-0005-001.pdf

HET SCHEEPVAARTMUSEUM. Collectieplan : kennis en collecties delen. Amsterdam : Scheepvaartmuseum, ca 2017. [Consulté le 15 avril 2020]. 19 p. Disponible à l’adresse : https://www.hetscheepvaartmuseum.nl/sites/default/files/2018-02/Collectieplan_HetScheepvaartmuseum.pdf

HOCHET, Yvan. Quel avenir pour les bibliothèques de musées ? [en ligne]. Mémoire d’études. Lyon : Université de Lyon – Enssib, 2013. [Consulté le 5 mars 2020]. Disponible à l’adresse : https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/60373-quel-avenir-pour-les-bibliotheques-de-musees.pdf

INSTITUT ROYAL DES SCIENCES NATURELLES DE BELGIQUE. Bibliothèque | Institut royal des Sciences naturelles de Belgique [en ligne]. 2018. [Consulté le 14 avril 2020]. Disponible à l’adresse : https://www.naturalsciences.be/fr/science/museum-library

KOOT, Geert-Jan. Museum librarians as information strategists. Inspel: international journal of special libraries : official organ of the IFLA Division of Special Librarie [en ligne]. 2001, Vol. 35, nᵒ 4, p. 248‑258. [Consulté le 9 mars 2020]. Disponible à l’adresse : https://archive.ifla.org/VII/d2/inspel/01-4koge.pdf

LEWIS, Geoffrey D. Museum : cultural institution [en ligne]. Encyclopaedia Britannica. Chicago : Encyclopaedia Britannica, 2018. [Consulté le 14 avril 2020]. Disponible à l’adresse : https://www.britannica.com/topic/museum-cultural-institution

MUSÉE DE SCIENCES NATURELLES. Library [en ligne]. [s. d.]. [Consulté le 16 avril 2020]. Disponible à l’adresse : http://library.naturalsciences.be

MUSÉE DES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. Het mim, muziekinstrumentenmuseum. Dans : Musée des Instruments de Musique [en ligne]. 2019. [Consulté le 14 avril 2020]. Disponible à l’adresse : http://www.mim.be/fr

MUSÉES ROYAUX DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. La bibliothèque – Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Dans : Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique [en ligne]. 2020. [Consulté le 14 avril 2020] Disponible à l’adresse : https://www.fine-arts-museum.be/fr/la-recherche/la-bibliotheque

RIJKSMUSEUM. Rijksmuseum Research Library. Dans : Rijksmuseum [en ligne]. [s. d.]. [Consulté le 13 avril 2020]. Disponible à l’adresse : https://www.rijksmuseum.nl/en/research/rijksmuseum-research-library

THIBAULT, Nathalie. Evolution des ressources documentaires au sein du Musée national des beaux-arts du Québec. Argus. La revue québecoise des professionnels de l’information. 2018, Vol. 46, nᵒ 2, p. 11‑15

THONON, Matthieu. Entretien à propos de la Bibliothèque du MIM. 4 décembre 2018

VAN DER WATEREN, Jan. The importance of museum libraries. Inspel: international journal of special libraries : official organ of the IFLA Division of Special Librarie [en ligne]. 1999, Vol. 33, nᵒ 4, p. 190‑198. [Consulté le 9 mars 2020]. Disponible à l’adresse : http://archive.ifla.org/VII/d2/inspel/99-4wajv.pdf

WILDEMAN, Diederick. Bibliotheek : het Scheepvaartmuseum : onderzoekgids. Amsterdam : Scheepvaartmuseum, ca 2013. [Consulté le 10 avril 2020]. 18 p. Disponible à l’adresse : https://www.hetscheepvaartmuseum.nl/sites/default/files/2019-05/HSM-Guide-DEF.pdf